La petite dormeuse du val
Présentations:
Il était une fois, une petite fille, minuscule, avec de grands yeux verts, qui dormait tout le temps. Sa mère était persuadée qu'elle ferait une grande carrière dans le social, et aussi qu'elle serait une grande danseuse ; son père ne savait pas trop. Il avait voulu l'appeler Lisa comme dans la chanson de Cat Stevens « Sad Lisa », musicien qu'il affectionnait particulièrement. Non pas qu'il était quelqu'un de triste, simplement il appréciait la beauté de cette mélodie mélancolique.
Il fut donc décidé de prénommer ainsi cette petit chose tremblante, à la fin d'un mois d'octobre où la neige recouvrait la montagne. La maison dans laquelle vivait le couple était grande et impossible à chauffer, alors ils décidèrent de mettre de la laine de verre sur les murs.
La petite dormeuse était somme toute bien à l'aise dans cette maison froide, mais où elle recevait beaucoup d'amour de ses parents.
Le revers de la médaille
Malheureusement, trois mois plus tard, à la fin de son congé de maternité, sa mère décida de reprendre son travail à l'hôpital. Et comble du comble, elle décida de continuer à faire des nuits, comme son mari, pour gagner plus d'argent.
En effet, elle et son mari avaient déjà pensé à construire un chalet, et avaient emprunté beaucoup d'argent pour les travaux, qui s'annonçaient prometteurs.
La petite dormeuse du val, qui avait toujours connu la ferme, la laine de verre et l'amour dans les yeux de ses parents, se retrouva catapultée dans une maison encore plus froide, où elle ne trouva pas d'étincelle dans les yeux de sa nourrice.
Celle-ci se contentait de lui donner à manger, de lui faire ses soins, et de la laisser dormir, encore et encore...En fait, la petite dormeuse était à l'aise dans ce berceau où elle n'avait de compte à rendre à personne, et où elle pouvait rêver tranquillement du moment où elle allait retrouver son papa et sa maman. Le premier jour fut catastrophique : la petite ne supportait pas le regard trop dur de sa nourrice, ni sa voix, trop grave et trop autoritaire.
Celle-ci était alors obligée de lui tourner le dos pour lui donner son biberon. Il est vrai qu'elle ne savait pas trop comment s'y prendre pour être douce, elle qui avait grandi en foyers.
Elle tentait de lui parler pour que la petite se calme, mais c'était encore pire: la petite se mettait à hurler! La pauvre femme décida alors de se taire.
Elle se contentait de parler pour le groupe, car elle avait déjà trois autres enfants à sa charge, deux grandes et un petit du même âge que la morveuse.
Elle avait tout appris aux enfants, du respect de l'autorité à la tenue de la cuillère, en passant par le bol et la fourchette, et enfin l'hygiène au cours du bain collectif.
L'ambiance était mauvaise dans cette maison, où chaque détail était décortiqué, analysé et jugé par la chef de famille, dont le mari était routier et ne revenait que pour payer les factures, et parfois le week end.
Oxygène
Heureusement, la petite dormeuse, ainsi que son frère, et tous les enfants du village (ou presque) qui étaient conviés, participaient régulièrement à des cours de musique " à la baba cool", dirigés par une intervenante musicale plutôt sympathique. Elle donnait d'abord à tous les enfants un goûter à base de nutella: base très importante de sa pédagogie, puisqu'en fait les enfants faisaient comme à la maison, et jouaient avec des instruments divers et variés, qu'elle leur présentaient comme des énigmes à déchiffrer.
Aucune aide, aucun indice : l'enfant devait trouver tout seul l'utilité de l'objet magique qui se trouvait dans ses mains; ce qui ne manquait pas d'interpeller les bambins, qui étaient ravis de partager ces moments de curiosité et de convivialité. Et Ils chantaient gaiement les mélodies de Brassens sans vraiment les comprendre... Peu importe! Ils étaient ravis d'être là, et d'apprendre.
La petite dormeuse, elle , se réveillait enfin d'une longue nuit pleine de cauchemars, et décida d'imiter sa prof géniale, en apprenant à jouer du piano, avec sa nouvelle amie.
En plus des cours de musicothérapie, elle allait aussi apprendre à dessiner des girafes et des lions en anglais. Elle ne comprenait pas grand chose de ce que la dame lui racontait, avec son fort accent américain, mais elle trouvait que ces dessins étaient plutôt rigolos, et surtout, qu'il étaient différents parce qu'ils étaient anglais.
Elle décida donc de boire les paroles de la dame, et de les garder tout au fond d'elle, comme un secret qu'il ne faudrait jamais dévoiler à personne. Elle aimait beaucoup les secrets, cette petite, et elle savait que celui ci serait magique, car personne ne pouvait le comprendre, à part cette dame bizarre...
Allez donc essayer de comprendre ce qui se passe dans la tête d'une enfant de 4 ans!
Puis, la petite dormeuse passa toute son enfance à essayer de déchiffrer des partitions, à faire ses tenues, ses poignets, pour que sa nouvelle prof de piano soit satisfaite. Et dieu sait qu'Elle avait bien du mal à être contente de sa nouvelle progéniture. Elle incarnait l'exigence et la méthode, la rigueur et l'excellence: elle qui avait fait le conservatoire de Paris , sacrifié sa carrière solo à l'enseignement, ne pouvait concevoir un enseignement digne de ce nom que dans la souffrance et le sacrifice. Elle voulait que tous les enfants jouent parfaitement du Bach, après de longues heures de travail lent et infini.
La petite dormeuse savait bien qu'il fallait travailler beaucoup, et elle fit le maximum pour arriver à être à la hauteur. Elle étudia patiemment solfège et piano jusqu'à ses 18 ans; parfois elle sortait en pleurant, humiliée, mais le résultat était là! Et toute sa famille pouvait en profiter...
En tout cas, elle était ravie de participer à toutes ces activités, qui lui permettaient de s'échapper de l'ennui. Par contre, les enfants de la méchante dame, eux, étaient de plus en plus jaloux de toute cette mascarade, à laquelle, évidemment, ils ne pouvaient pas participer.
Aveugles
Les parents de la petite dormeuse cependant étaient contents, puisqu'ils gagnaient toujours plus d'argent, mais ils étaient souvent fatigués et en rendaient pas compte que leur petite fille dormait un peu trop.
Sa mère se doutait bien que cette nourrice était loin d'être une perle, et elle la soupçonnait même d'être bête.
Ce qu'elle ne savait pas encore, c'est que sa fille suscitait une jalousie sans borne chez ces petites gens, qui n'avaient ni argent ni éducation, qui ne savaient pas aimer, et qui étaient racistes.
La vie chez la nourrice n'était pas si désagréable, mais elle manquait cruellement de divertissement. Alors les deux petits chenapans faisaient parfois des farces, en jouant avec les spaghettis pour faire des mikados, et en s'échappant parfois dans le chemin qui menait directement à la route.
Un jour même, alors qu'ils étaient si jeunes, ils avaient réussi à aller jusqu'au bout du long chemin, et la nourrice avait cru qu'elle allait perdre son emploi.
Elle avait donc entrepris de garder la tête froide, et de faire comme si elle gérait parfaitement la situation. Le père de la petite dormeuse ne se doutait de rien, il était plus facile à manipuler, alors elle s'appliquait à être particulièrement charmante avec lui, et proposait même de les inviter à dîner, avec sa femme et ses enfants.
Malgré cela, la mère de la petite n'était pas convaincue, et hésita à mettre son fils chez cette mégère peu sympathique avec elle. Elle n'était pas dupe, mais elle ne trouvait pas d'autre solution que de laisser ses deux enfants chez cette femme.
En attendant, elle pris quand même un congé beaucoup plus long pour son fils, qui l'avait beaucoup fatiguée pendant sa grossesse.
Elle espérait ensuite retirer sa fille au moindre écart.
Hélàs, la vieille bique ne changeait pas, bien au contraire, elle devenait de plus en plus méchante avec la petite dormeuse, et avec son frère, qui n'avait pas l'habitude de ces méthodes drastiques. Les enfants devaient essuyer la table, passer le balai, porter les courses, et même faire la vaisselle. Ils n'avaient pas le droit de prendre trop de papier toilette, au cas où elle laissait la porte ouverte pour vérifier. De plus, il n'était pas question qu'elle s'occupe d'eux en dehors des tâches ménagères. Elle avait déjà beaucoup trop de choses à faire, entre les courses, les repas, et la gymnastique.
Car madame s'était improvisée monitrice alors qu'elle n'avait aucun diplôme, bénévolat aidant, sûrement. Elle aimait reprocher toutes sortes de choses à cette petite dormeuse si maladroite. Celle-ci, ayant eu un corset pour que ses hanches restent droites, avait du mal à réaliser les pirouettes les plus simples. Sa nourrice était pourtant dure, mais rien n'y faisait, elle avait peur de se faire mal.
La mégère adorait se moquer d'elle, et l'engueulait à chaque fois qu'elle mettait une jupe pour aller à la gym.
Pourtant, dieu sait que la mère de la petite aimait les jupes, et sa grand-mère aussi.
La nourrice vicieuse la traitait alors de gosse de riche, critiquant toujours un peu plus sa famille de "bourgeois", qui était en fait issue d'une descendance d'ouvriers et de paysans.
Mais ils avaient réussi à s'en sortir, ils avaient beaucoup de jeux pour leurs enfants, de jolis vêtements, et les moyens de les inscrire à de nombreuses activités ludiques.
Musique, anglais, natation, solfège, piano, ski, leurs enfants faisaient tout ce qu'ils voulaient, et ils avaient des notes excellentes à l'école, à la différence des enfants de la pauvre mégère. La vie était trop cruelle pour la nourrice, et pour ses enfants; elle aurait sa vengeance...
La matrone
Mais ce qui énervait le plus la femme qui respirait par la bouche, c'était qu'on ne la respecte pas, et que les grands parents des "petits gosses de bourges" la critiquent. Elle qui avait toujours eu une éducation médiocre voyait évoluer dans ce petit village insignifiant les gens les respectables : médecins, professeurs, intervenante musicale, personnes travaillant dans le milieu associatif... Les exemples étaient nombreux et ne manquaient pas de provoquer une jalousie incontrôlable chez cette enfant de la DDASS, qui n'avait connu que frustration et autoritarisme.
Elle n'avait pas de famille, et se renfermait sur elle même, pour mieux dénigrer ses voisins bien que, parfois, très sympathiques. Par dessus tout, elle ne supportait pas que ses enfants se mélangent aux "petits bourgeois", et leur interdisait même de jouer avec les autres.
Les pauvres étaient emprisonnés dans un jardin pas plus grand que leur maison, où ils n'avaient presque aucun jeu: la télé pour seul horizon, le pessimisme pour seul encouragement.
Ce qui devait arriver arriva. Les enfants de la « mère », comme elle aimait s'appeler toute seule, prétextant que la vraie mère des petits dormeurs était bien trop occupée pour avoir ce statut, partit à la conquête du monde, envers et contre tous.
Elle avait décidé que la petite dormeuse ne devait plus voir les enfants des médecins, c'était des bourgeois, et elle interdisait systématiquement que ses enfants lui en parlent.
La pauvre, si elle pouvait savoir à quel point la dormeuse aimait cette odeur de savon dans la salle de bain, et l'odeur de sauce tomate à base de concentré qui régnait en maître chez elle !
Et comme elle l'avait idéalisée ! Et ces enfants, qui étaient pour la petite comme des frères et s½urs, combien elle était déchirée de les voir si malheureux...
La mère insatisfaite en elle entreprit de faire son petit dernier un professionnel de la gymnastique à 10 ans, elle le plaça dans un collège lointain où il n'allait plus voir sa petite amoureuse secrète, la dormeuse du val. Il se blessa à la cuisse, et il attrapa une infection qui le rendit handicapé, il dut se faire opérer, et porter des échasses de contention, pour qu'il marche bien droit...Plus tard, il dut abandonner l'école, à cause du retard qu'il avait accumulé pendant tous ces mois d'hospitalisation et de réeducation.
La dame de fer était en rage : son fils n'était pas meilleur que les autres, à cause d'un problème à la hanche... Etrange coïncidence ! Elle soupçonnait dieu de lui avoir causé tous ces torts, et de se moquer carrément d'elle.
Dernière tentative
La pauvre décida alors de se venger, en disant à la dormeuse de ne plus voir sa meilleure amie, la petite surdouée de la classe, qui en avait sauté deux pour être avec elle, car elle était seule dans sa section.
Des années passèrent pendant lesquelles ces mots n'avaient presque pas d'impact sur la dormeuse, désormais absorbée par ses leçons de piano, qu'elle partageait avec sa meilleure amie géniale. Elle avait donc le recul suffisant pour ne pas se laisser influencer par ces paroles arbitraires et les propos racistes de sa folle nourrice.
Elle décida de n'en faire qu'à sa tête, dit à sa mère qu'elle ne voulait plus aller manger chez elle, mais la pauvre petite avait un peur panique de la solitude. Elle qui avait toujours été dans une famille nombreuse, chouchoutée par sa grand mère, ne supportait pas d'attendre sa mère, qui travaillait beaucoup et avait la maladie chronique d'être toujours en retard. La dormeuse voyait des lions partout, des tigres sur le balcon, des loups dans le garage,des serpents et des sorcières sous son lit.
En plus, la petite pianiste avait une peur phobique des cambrioleurs, dont le seul récit suffisait à lui voler son sommeil. Elle était comme aspirée par son imagination débordante, dans un monde totalement inaccessible pour ceux qui ne connaissaient pas son histoire, puisqu'elle ne parlait que très rarement de ce qui se passait dans son esprit.
Il y avait aussi ce monstre qui venait lui rendre visite avant qu'elle ne s'endorme, qui avait une voix de robot, et qu'elle s'imaginait tout gris, fait de particules électriques.
Son père était technicien, alors dès qu'il arrivait le monstre disparaissait, et sa mère infirmière lui enlevait ses petits bobos psychosomatiques.
Sa peur de mourir pendant son sommeil était réelle, c'est pourquoi elle s'inventait sans cesse des maladies et des problèmes avant de dormir, peut être pour attirer l'attention de sa mère toujours aveugle.
Bobos de l'âme pour bobos de la campagne, éducation à la baba cool, biberons dans la voiture, vacances en camping car pour les babas au rhum, bibliothèque des rumeurs et bassesses villageoises, la vie était parsemée de contradictions. Mais pour la dormeuse du val, tout cela était le plus normal du monde.
Cette normalité fut brisée le jour où la triste reine de la noirceur l'enferma dans son coffre de voiture pour se débarrasser d'elle lors d'une fête de village, parce qu'elle voulait danser encore, que ses parents étaient partis, et que son frère était déjà sur la banquette arrière.
La dormeuse à moitié dans les vappes ne fit pas attention, et ne dit rien, comme d'habitude, mais elle ne ferma pas l'½il jusqu'à ce qu'elle sache la vraie signification du trou noir.
Ce jour-là, c'en était fini pour la dormeuse de la montagne, elle qui avait toujours dit bonjour à la dame, qui était si sage et si bien élevée, elle qui ne faisait jamais de fautes d'orthographe, et qui allait docilement en colonies de vacances. Fini!
Rébellion tardive
La petite fille silencieuse s'était retenu de parler de cet incident, ou plutôt son surmoi surpuissant lui avait suggéré de ne rien signaler à ses parents, et ce n'est que 10 ans plus tard que le monstre surgit de sa cave. La douce, patiente dormeuse s'était transformée en animal pédant et sournois, qui n'avait que faire de la morale. Cependant, son charme fonctionnait toujours, c'est pourquoi elle en jouait beaucoup, et s'abaissait aux pires superficialités.
Le lycée était devenu bien trop inintéressant à ses yeux et plus rien ne l'empêchait de faire ce qu'elle désirait. Elle avait même lâchement abandonné sa meilleure amie qui en avait certainement souffert bien plus qu'elle. Mais cela ne faisait rien à cette jeune fille insensible qui s'amusait à braver les interdits. Son jeu préféré était de contredire ses professeurs, pour un oui ou pour un non.
Elle était devenue cette femme immonde qu'elle avait tant refoulé pendant toutes ces années, et ce démon était en train de la manger intérieurement. Elle entendait même sa vieille nourrice lui parler, dans sa tête, à tout bout de champ, pour un oui ou pour un non; et cette dernière lui disait toujours les pires atrocités.
Sa conscience revenait parfois, après avoir éliminé les substances toxiques qui lui servaient de soupape pour se tolérer elle même, et pour braver le vrai monde qui s'annonçait hostile et décourageant. La jeune fille devint femme, sans que son esprit ait pu digérer toutes ces années de silence. Elle se mit alors à raconter sa vie à de nombreux journaux intimes, qui parlaient d'amour, d'amitiés et de ranc½ur.
Mais ces textes ne lui suffisaient plus, elle voulait connaître le grand amour avec un grand A!
Elle rencontra alors beaucoup de garçons qui voulaient tous rester avec elle, mais elle n'était pas prête à assumer ces relations. Jusqu'au jour où elle rencontra le prince charmant de ses contes pour enfants, lors d'un stage à Londres. Il était parfait comme un prince, il habitait en face de la tour Eiffel, et se prénommait lui même Napoléon premier.
Puis, après de grandes ballades dans Paris, de nombreuses journées à trimer pour se payer les billets de train, de grandes discussions sur le moyen de refaire le monde tels qu'ils l'entendaient respectivement... la dormeuse se rendit compte qu'elle n'avait pas beaucoup dormi ces dernières années, et qu'elle n'était pas très épaisse. Et ce Napoléon qui tardait vraiment à se changer en prince charmant..
Elle décida alors d'hiberner pour mieux oublier : son passé, son échec au bac, ses parents qui ne comprenaient rien de ce qui se passait dans sa tête, ses amants qui n'avaient pas compris son comportement, si froid et distant. par moment, si contradictoire en fait.
Elle dormit donc à n'en plus finir, et elle tenta d'enlever tous ces mauvais souvenirs de son esprit, pour se reconstruire une nouvelle vie, où elle serait parfaitement bien dans sa peau et dans sa tête. Elle rencontra un psy qui sut alors l'écouter, et qui lui fit prendre conscience de tous ces mots, qu'elle avait si longtemps gardés, étaient devenus des maux, au fond de son âme.
Une nouvelle vie
Heureusement , la petite fille sage avait engrammé en elle même suffisamment de ressources pour tenir le coup, et elle décida de devenir enfin quelqu'un de bien.
Et pour ça, elle allait commencer par raconter sa vie, parler à n'en plus finir, à des inconnus, peu importe , parler pour survivre. Elle se fit donc nommer chargée d'enquête pour un grand institut de sondages, à qui elle doit aujourd'hui sa sociabilité, car sinon tous ces mots qu'elle n'avait pas prononcés pendant tant d'années, seraient restés coincés au fond d'elle même.
Puis, elle décida de s'occuper d'enfants, et de se faire justice elle même, en étant le plus désagréable possible avec les personnes qui lui rappelaient sa nourrice.
Elle se rendit compte bien vite qu'il en existait un nombre incalculable, et se dit qu'elle pourrait peut être essayer de les faire changer, en vain.
Et puis un jour, elle cessa de rester muette face à cette violence verbale et physique qui la hantait, et dénonça une auxiliaire de puériculture qui était au comble de la maltraitance morale, et qui en plus s'occupait d'enfants abandonnés ou placés.
La dormeuse ne supportait plus ces offenses, qu'elle vivait aussi mal que les enfants, ayant elle même été dans cette situation. Elle en parla donc à la principale intéressée.
Mais l'auxiliaire de puériculture ne voulait rien entendre, et se détourna de la discussion en prétextant qu'elle n'était que stagiaire et qu'elle n'avait pas à lui apprendre son métier ; même si, en fait, cette vielle aigrie avait toute la pouponnière sur le dos à cause de ses excès d'autorité, et ses prises de pouvoir arbitraires.
La dormeuse obtint tout de même son diplôme avec la mention « rêveuse solitaire », dans la plupart de ses appréciations.Elle avait appris à dominer ses peurs, mais elle s'était complètement immergée dans un univers personnel, faits de rêves et d'animaux qui parlent, de fleurs carnivores, de musique psychélélique et de réincarnation. Elle était devenue la gentille princesse de ses contes de fées, qui était si douce et qui attendait juste un petit prince charmant, un peu magique...
Présentations:
Il était une fois, une petite fille, minuscule, avec de grands yeux verts, qui dormait tout le temps. Sa mère était persuadée qu'elle ferait une grande carrière dans le social, et aussi qu'elle serait une grande danseuse ; son père ne savait pas trop. Il avait voulu l'appeler Lisa comme dans la chanson de Cat Stevens « Sad Lisa », musicien qu'il affectionnait particulièrement. Non pas qu'il était quelqu'un de triste, simplement il appréciait la beauté de cette mélodie mélancolique.
Il fut donc décidé de prénommer ainsi cette petit chose tremblante, à la fin d'un mois d'octobre où la neige recouvrait la montagne. La maison dans laquelle vivait le couple était grande et impossible à chauffer, alors ils décidèrent de mettre de la laine de verre sur les murs.
La petite dormeuse était somme toute bien à l'aise dans cette maison froide, mais où elle recevait beaucoup d'amour de ses parents.
Le revers de la médaille
Malheureusement, trois mois plus tard, à la fin de son congé de maternité, sa mère décida de reprendre son travail à l'hôpital. Et comble du comble, elle décida de continuer à faire des nuits, comme son mari, pour gagner plus d'argent.
En effet, elle et son mari avaient déjà pensé à construire un chalet, et avaient emprunté beaucoup d'argent pour les travaux, qui s'annonçaient prometteurs.
La petite dormeuse du val, qui avait toujours connu la ferme, la laine de verre et l'amour dans les yeux de ses parents, se retrouva catapultée dans une maison encore plus froide, où elle ne trouva pas d'étincelle dans les yeux de sa nourrice.
Celle-ci se contentait de lui donner à manger, de lui faire ses soins, et de la laisser dormir, encore et encore...En fait, la petite dormeuse était à l'aise dans ce berceau où elle n'avait de compte à rendre à personne, et où elle pouvait rêver tranquillement du moment où elle allait retrouver son papa et sa maman. Le premier jour fut catastrophique : la petite ne supportait pas le regard trop dur de sa nourrice, ni sa voix, trop grave et trop autoritaire.
Celle-ci était alors obligée de lui tourner le dos pour lui donner son biberon. Il est vrai qu'elle ne savait pas trop comment s'y prendre pour être douce, elle qui avait grandi en foyers.
Elle tentait de lui parler pour que la petite se calme, mais c'était encore pire: la petite se mettait à hurler! La pauvre femme décida alors de se taire.
Elle se contentait de parler pour le groupe, car elle avait déjà trois autres enfants à sa charge, deux grandes et un petit du même âge que la morveuse.
Elle avait tout appris aux enfants, du respect de l'autorité à la tenue de la cuillère, en passant par le bol et la fourchette, et enfin l'hygiène au cours du bain collectif.
L'ambiance était mauvaise dans cette maison, où chaque détail était décortiqué, analysé et jugé par la chef de famille, dont le mari était routier et ne revenait que pour payer les factures, et parfois le week end.
Oxygène
Heureusement, la petite dormeuse, ainsi que son frère, et tous les enfants du village (ou presque) qui étaient conviés, participaient régulièrement à des cours de musique " à la baba cool", dirigés par une intervenante musicale plutôt sympathique. Elle donnait d'abord à tous les enfants un goûter à base de nutella: base très importante de sa pédagogie, puisqu'en fait les enfants faisaient comme à la maison, et jouaient avec des instruments divers et variés, qu'elle leur présentaient comme des énigmes à déchiffrer.
Aucune aide, aucun indice : l'enfant devait trouver tout seul l'utilité de l'objet magique qui se trouvait dans ses mains; ce qui ne manquait pas d'interpeller les bambins, qui étaient ravis de partager ces moments de curiosité et de convivialité. Et Ils chantaient gaiement les mélodies de Brassens sans vraiment les comprendre... Peu importe! Ils étaient ravis d'être là, et d'apprendre.
La petite dormeuse, elle , se réveillait enfin d'une longue nuit pleine de cauchemars, et décida d'imiter sa prof géniale, en apprenant à jouer du piano, avec sa nouvelle amie.
En plus des cours de musicothérapie, elle allait aussi apprendre à dessiner des girafes et des lions en anglais. Elle ne comprenait pas grand chose de ce que la dame lui racontait, avec son fort accent américain, mais elle trouvait que ces dessins étaient plutôt rigolos, et surtout, qu'il étaient différents parce qu'ils étaient anglais.
Elle décida donc de boire les paroles de la dame, et de les garder tout au fond d'elle, comme un secret qu'il ne faudrait jamais dévoiler à personne. Elle aimait beaucoup les secrets, cette petite, et elle savait que celui ci serait magique, car personne ne pouvait le comprendre, à part cette dame bizarre...
Allez donc essayer de comprendre ce qui se passe dans la tête d'une enfant de 4 ans!
Puis, la petite dormeuse passa toute son enfance à essayer de déchiffrer des partitions, à faire ses tenues, ses poignets, pour que sa nouvelle prof de piano soit satisfaite. Et dieu sait qu'Elle avait bien du mal à être contente de sa nouvelle progéniture. Elle incarnait l'exigence et la méthode, la rigueur et l'excellence: elle qui avait fait le conservatoire de Paris , sacrifié sa carrière solo à l'enseignement, ne pouvait concevoir un enseignement digne de ce nom que dans la souffrance et le sacrifice. Elle voulait que tous les enfants jouent parfaitement du Bach, après de longues heures de travail lent et infini.
La petite dormeuse savait bien qu'il fallait travailler beaucoup, et elle fit le maximum pour arriver à être à la hauteur. Elle étudia patiemment solfège et piano jusqu'à ses 18 ans; parfois elle sortait en pleurant, humiliée, mais le résultat était là! Et toute sa famille pouvait en profiter...
En tout cas, elle était ravie de participer à toutes ces activités, qui lui permettaient de s'échapper de l'ennui. Par contre, les enfants de la méchante dame, eux, étaient de plus en plus jaloux de toute cette mascarade, à laquelle, évidemment, ils ne pouvaient pas participer.
Aveugles
Les parents de la petite dormeuse cependant étaient contents, puisqu'ils gagnaient toujours plus d'argent, mais ils étaient souvent fatigués et en rendaient pas compte que leur petite fille dormait un peu trop.
Sa mère se doutait bien que cette nourrice était loin d'être une perle, et elle la soupçonnait même d'être bête.
Ce qu'elle ne savait pas encore, c'est que sa fille suscitait une jalousie sans borne chez ces petites gens, qui n'avaient ni argent ni éducation, qui ne savaient pas aimer, et qui étaient racistes.
La vie chez la nourrice n'était pas si désagréable, mais elle manquait cruellement de divertissement. Alors les deux petits chenapans faisaient parfois des farces, en jouant avec les spaghettis pour faire des mikados, et en s'échappant parfois dans le chemin qui menait directement à la route.
Un jour même, alors qu'ils étaient si jeunes, ils avaient réussi à aller jusqu'au bout du long chemin, et la nourrice avait cru qu'elle allait perdre son emploi.
Elle avait donc entrepris de garder la tête froide, et de faire comme si elle gérait parfaitement la situation. Le père de la petite dormeuse ne se doutait de rien, il était plus facile à manipuler, alors elle s'appliquait à être particulièrement charmante avec lui, et proposait même de les inviter à dîner, avec sa femme et ses enfants.
Malgré cela, la mère de la petite n'était pas convaincue, et hésita à mettre son fils chez cette mégère peu sympathique avec elle. Elle n'était pas dupe, mais elle ne trouvait pas d'autre solution que de laisser ses deux enfants chez cette femme.
En attendant, elle pris quand même un congé beaucoup plus long pour son fils, qui l'avait beaucoup fatiguée pendant sa grossesse.
Elle espérait ensuite retirer sa fille au moindre écart.
Hélàs, la vieille bique ne changeait pas, bien au contraire, elle devenait de plus en plus méchante avec la petite dormeuse, et avec son frère, qui n'avait pas l'habitude de ces méthodes drastiques. Les enfants devaient essuyer la table, passer le balai, porter les courses, et même faire la vaisselle. Ils n'avaient pas le droit de prendre trop de papier toilette, au cas où elle laissait la porte ouverte pour vérifier. De plus, il n'était pas question qu'elle s'occupe d'eux en dehors des tâches ménagères. Elle avait déjà beaucoup trop de choses à faire, entre les courses, les repas, et la gymnastique.
Car madame s'était improvisée monitrice alors qu'elle n'avait aucun diplôme, bénévolat aidant, sûrement. Elle aimait reprocher toutes sortes de choses à cette petite dormeuse si maladroite. Celle-ci, ayant eu un corset pour que ses hanches restent droites, avait du mal à réaliser les pirouettes les plus simples. Sa nourrice était pourtant dure, mais rien n'y faisait, elle avait peur de se faire mal.
La mégère adorait se moquer d'elle, et l'engueulait à chaque fois qu'elle mettait une jupe pour aller à la gym.
Pourtant, dieu sait que la mère de la petite aimait les jupes, et sa grand-mère aussi.
La nourrice vicieuse la traitait alors de gosse de riche, critiquant toujours un peu plus sa famille de "bourgeois", qui était en fait issue d'une descendance d'ouvriers et de paysans.
Mais ils avaient réussi à s'en sortir, ils avaient beaucoup de jeux pour leurs enfants, de jolis vêtements, et les moyens de les inscrire à de nombreuses activités ludiques.
Musique, anglais, natation, solfège, piano, ski, leurs enfants faisaient tout ce qu'ils voulaient, et ils avaient des notes excellentes à l'école, à la différence des enfants de la pauvre mégère. La vie était trop cruelle pour la nourrice, et pour ses enfants; elle aurait sa vengeance...
La matrone
Mais ce qui énervait le plus la femme qui respirait par la bouche, c'était qu'on ne la respecte pas, et que les grands parents des "petits gosses de bourges" la critiquent. Elle qui avait toujours eu une éducation médiocre voyait évoluer dans ce petit village insignifiant les gens les respectables : médecins, professeurs, intervenante musicale, personnes travaillant dans le milieu associatif... Les exemples étaient nombreux et ne manquaient pas de provoquer une jalousie incontrôlable chez cette enfant de la DDASS, qui n'avait connu que frustration et autoritarisme.
Elle n'avait pas de famille, et se renfermait sur elle même, pour mieux dénigrer ses voisins bien que, parfois, très sympathiques. Par dessus tout, elle ne supportait pas que ses enfants se mélangent aux "petits bourgeois", et leur interdisait même de jouer avec les autres.
Les pauvres étaient emprisonnés dans un jardin pas plus grand que leur maison, où ils n'avaient presque aucun jeu: la télé pour seul horizon, le pessimisme pour seul encouragement.
Ce qui devait arriver arriva. Les enfants de la « mère », comme elle aimait s'appeler toute seule, prétextant que la vraie mère des petits dormeurs était bien trop occupée pour avoir ce statut, partit à la conquête du monde, envers et contre tous.
Elle avait décidé que la petite dormeuse ne devait plus voir les enfants des médecins, c'était des bourgeois, et elle interdisait systématiquement que ses enfants lui en parlent.
La pauvre, si elle pouvait savoir à quel point la dormeuse aimait cette odeur de savon dans la salle de bain, et l'odeur de sauce tomate à base de concentré qui régnait en maître chez elle !
Et comme elle l'avait idéalisée ! Et ces enfants, qui étaient pour la petite comme des frères et s½urs, combien elle était déchirée de les voir si malheureux...
La mère insatisfaite en elle entreprit de faire son petit dernier un professionnel de la gymnastique à 10 ans, elle le plaça dans un collège lointain où il n'allait plus voir sa petite amoureuse secrète, la dormeuse du val. Il se blessa à la cuisse, et il attrapa une infection qui le rendit handicapé, il dut se faire opérer, et porter des échasses de contention, pour qu'il marche bien droit...Plus tard, il dut abandonner l'école, à cause du retard qu'il avait accumulé pendant tous ces mois d'hospitalisation et de réeducation.
La dame de fer était en rage : son fils n'était pas meilleur que les autres, à cause d'un problème à la hanche... Etrange coïncidence ! Elle soupçonnait dieu de lui avoir causé tous ces torts, et de se moquer carrément d'elle.
Dernière tentative
La pauvre décida alors de se venger, en disant à la dormeuse de ne plus voir sa meilleure amie, la petite surdouée de la classe, qui en avait sauté deux pour être avec elle, car elle était seule dans sa section.
Des années passèrent pendant lesquelles ces mots n'avaient presque pas d'impact sur la dormeuse, désormais absorbée par ses leçons de piano, qu'elle partageait avec sa meilleure amie géniale. Elle avait donc le recul suffisant pour ne pas se laisser influencer par ces paroles arbitraires et les propos racistes de sa folle nourrice.
Elle décida de n'en faire qu'à sa tête, dit à sa mère qu'elle ne voulait plus aller manger chez elle, mais la pauvre petite avait un peur panique de la solitude. Elle qui avait toujours été dans une famille nombreuse, chouchoutée par sa grand mère, ne supportait pas d'attendre sa mère, qui travaillait beaucoup et avait la maladie chronique d'être toujours en retard. La dormeuse voyait des lions partout, des tigres sur le balcon, des loups dans le garage,des serpents et des sorcières sous son lit.
En plus, la petite pianiste avait une peur phobique des cambrioleurs, dont le seul récit suffisait à lui voler son sommeil. Elle était comme aspirée par son imagination débordante, dans un monde totalement inaccessible pour ceux qui ne connaissaient pas son histoire, puisqu'elle ne parlait que très rarement de ce qui se passait dans son esprit.
Il y avait aussi ce monstre qui venait lui rendre visite avant qu'elle ne s'endorme, qui avait une voix de robot, et qu'elle s'imaginait tout gris, fait de particules électriques.
Son père était technicien, alors dès qu'il arrivait le monstre disparaissait, et sa mère infirmière lui enlevait ses petits bobos psychosomatiques.
Sa peur de mourir pendant son sommeil était réelle, c'est pourquoi elle s'inventait sans cesse des maladies et des problèmes avant de dormir, peut être pour attirer l'attention de sa mère toujours aveugle.
Bobos de l'âme pour bobos de la campagne, éducation à la baba cool, biberons dans la voiture, vacances en camping car pour les babas au rhum, bibliothèque des rumeurs et bassesses villageoises, la vie était parsemée de contradictions. Mais pour la dormeuse du val, tout cela était le plus normal du monde.
Cette normalité fut brisée le jour où la triste reine de la noirceur l'enferma dans son coffre de voiture pour se débarrasser d'elle lors d'une fête de village, parce qu'elle voulait danser encore, que ses parents étaient partis, et que son frère était déjà sur la banquette arrière.
La dormeuse à moitié dans les vappes ne fit pas attention, et ne dit rien, comme d'habitude, mais elle ne ferma pas l'½il jusqu'à ce qu'elle sache la vraie signification du trou noir.
Ce jour-là, c'en était fini pour la dormeuse de la montagne, elle qui avait toujours dit bonjour à la dame, qui était si sage et si bien élevée, elle qui ne faisait jamais de fautes d'orthographe, et qui allait docilement en colonies de vacances. Fini!
Rébellion tardive
La petite fille silencieuse s'était retenu de parler de cet incident, ou plutôt son surmoi surpuissant lui avait suggéré de ne rien signaler à ses parents, et ce n'est que 10 ans plus tard que le monstre surgit de sa cave. La douce, patiente dormeuse s'était transformée en animal pédant et sournois, qui n'avait que faire de la morale. Cependant, son charme fonctionnait toujours, c'est pourquoi elle en jouait beaucoup, et s'abaissait aux pires superficialités.
Le lycée était devenu bien trop inintéressant à ses yeux et plus rien ne l'empêchait de faire ce qu'elle désirait. Elle avait même lâchement abandonné sa meilleure amie qui en avait certainement souffert bien plus qu'elle. Mais cela ne faisait rien à cette jeune fille insensible qui s'amusait à braver les interdits. Son jeu préféré était de contredire ses professeurs, pour un oui ou pour un non.
Elle était devenue cette femme immonde qu'elle avait tant refoulé pendant toutes ces années, et ce démon était en train de la manger intérieurement. Elle entendait même sa vieille nourrice lui parler, dans sa tête, à tout bout de champ, pour un oui ou pour un non; et cette dernière lui disait toujours les pires atrocités.
Sa conscience revenait parfois, après avoir éliminé les substances toxiques qui lui servaient de soupape pour se tolérer elle même, et pour braver le vrai monde qui s'annonçait hostile et décourageant. La jeune fille devint femme, sans que son esprit ait pu digérer toutes ces années de silence. Elle se mit alors à raconter sa vie à de nombreux journaux intimes, qui parlaient d'amour, d'amitiés et de ranc½ur.
Mais ces textes ne lui suffisaient plus, elle voulait connaître le grand amour avec un grand A!
Elle rencontra alors beaucoup de garçons qui voulaient tous rester avec elle, mais elle n'était pas prête à assumer ces relations. Jusqu'au jour où elle rencontra le prince charmant de ses contes pour enfants, lors d'un stage à Londres. Il était parfait comme un prince, il habitait en face de la tour Eiffel, et se prénommait lui même Napoléon premier.
Puis, après de grandes ballades dans Paris, de nombreuses journées à trimer pour se payer les billets de train, de grandes discussions sur le moyen de refaire le monde tels qu'ils l'entendaient respectivement... la dormeuse se rendit compte qu'elle n'avait pas beaucoup dormi ces dernières années, et qu'elle n'était pas très épaisse. Et ce Napoléon qui tardait vraiment à se changer en prince charmant..
Elle décida alors d'hiberner pour mieux oublier : son passé, son échec au bac, ses parents qui ne comprenaient rien de ce qui se passait dans sa tête, ses amants qui n'avaient pas compris son comportement, si froid et distant. par moment, si contradictoire en fait.
Elle dormit donc à n'en plus finir, et elle tenta d'enlever tous ces mauvais souvenirs de son esprit, pour se reconstruire une nouvelle vie, où elle serait parfaitement bien dans sa peau et dans sa tête. Elle rencontra un psy qui sut alors l'écouter, et qui lui fit prendre conscience de tous ces mots, qu'elle avait si longtemps gardés, étaient devenus des maux, au fond de son âme.
Une nouvelle vie
Heureusement , la petite fille sage avait engrammé en elle même suffisamment de ressources pour tenir le coup, et elle décida de devenir enfin quelqu'un de bien.
Et pour ça, elle allait commencer par raconter sa vie, parler à n'en plus finir, à des inconnus, peu importe , parler pour survivre. Elle se fit donc nommer chargée d'enquête pour un grand institut de sondages, à qui elle doit aujourd'hui sa sociabilité, car sinon tous ces mots qu'elle n'avait pas prononcés pendant tant d'années, seraient restés coincés au fond d'elle même.
Puis, elle décida de s'occuper d'enfants, et de se faire justice elle même, en étant le plus désagréable possible avec les personnes qui lui rappelaient sa nourrice.
Elle se rendit compte bien vite qu'il en existait un nombre incalculable, et se dit qu'elle pourrait peut être essayer de les faire changer, en vain.
Et puis un jour, elle cessa de rester muette face à cette violence verbale et physique qui la hantait, et dénonça une auxiliaire de puériculture qui était au comble de la maltraitance morale, et qui en plus s'occupait d'enfants abandonnés ou placés.
La dormeuse ne supportait plus ces offenses, qu'elle vivait aussi mal que les enfants, ayant elle même été dans cette situation. Elle en parla donc à la principale intéressée.
Mais l'auxiliaire de puériculture ne voulait rien entendre, et se détourna de la discussion en prétextant qu'elle n'était que stagiaire et qu'elle n'avait pas à lui apprendre son métier ; même si, en fait, cette vielle aigrie avait toute la pouponnière sur le dos à cause de ses excès d'autorité, et ses prises de pouvoir arbitraires.
La dormeuse obtint tout de même son diplôme avec la mention « rêveuse solitaire », dans la plupart de ses appréciations.Elle avait appris à dominer ses peurs, mais elle s'était complètement immergée dans un univers personnel, faits de rêves et d'animaux qui parlent, de fleurs carnivores, de musique psychélélique et de réincarnation. Elle était devenue la gentille princesse de ses contes de fées, qui était si douce et qui attendait juste un petit prince charmant, un peu magique...